J’ai voulu faire du yoga une routine à 18 mois, et je l’ai payé cher

mai 15, 2026

Je suis Clara Broussard, rédactrice spécialisée en parentalité douce et yoga familial, et j’habite dans la région de Poitiers. Aujourd’hui, mon fils a 3 ans. Un soir, dans mon salon du quartier de Montbernage, le tapis violet était déjà déroulé près du canapé. La playlist de Petit Bambou murmurait, la lampe à abat-jour en lin diffusait une lumière chaude, et mon petit de 18 mois a répondu par un petit non de la tête quand j’ai proposé : « On fait le yoga ? »

Le tapis qui est devenu un signal de contrainte

Deux minutes plus tôt, il avait imité le chien tête en bas en jouant seul, avec son camion rouge juste à côté de la table basse. J’ai cru tenir un rituel doux. En réalité, j’ai commencé à transformer un jeu libre en attente.

Ce soir-là, le salon était encombré : un panier de livres sous la baie vitrée, un cube en bois, une chaussette orange oubliée sur le radiateur. J’avais prévu une mini-séquence de 5 mouvements, puis j’ai voulu la répéter chaque soir pendant 10 jours, 15 minutes chrono entre le bain et l’histoire. Le tapis est vite devenu un signal de contrainte, pas un appel au jeu.

L’erreur, c’est que j’ai nommé l’activité trop tôt. J’ai annoncé « on va faire le yoga » comme un petit programme à exécuter. Je ne suis pas sûre à 100 %, mais je crois que le mot lui-même a pris plus de place que la posture. À cet âge, un enfant ne comprend pas le mot « séance », il lit ton corps, ta voix, ton empressement.

À chaque tentative, je voyais le même refus : un petit non de la tête, un recul d’un pas, puis un détour vers la cuisine où il allait chercher son gobelet bleu. Par moments, il acceptait 2 minutes, par moments il repartait au bout de 3. Moi, je persistais, et je terminais plus tendue qu’avant, avec l’impression d’avoir raté quelque chose que j’avais moi-même mis en scène.

Le jour où j’ai compris le coût réel

Le dixième jour, un mercredi, j’ai tenté une séquence plus longue, 20 minutes cette fois, parce que je m’étais dit qu’en étirant le temps, il finirait par s’installer dans le rythme. Il a pleuré trois fois en vingt minutes. Pas de grosses crises, juste des petites vagues de refus, une main qui pousse le tapis, un regard qui cherche autre chose.

J’ai eu du mal à l’admettre sur le moment. Je me suis trompée, clairement. Ces 10 jours ont laissé une trace : pendant les 3 semaines qui ont suivi, il détournait le regard dès que je sortais le tapis du placard. 3 semaines à récupérer un outil que j’avais moi-même abîmé, voilà la vraie facture.

Ce soir-là, je me suis assise par terre, j’ai respiré un bon coup et j’ai roulé le tapis. Je l’ai rangé en haut de l’armoire pendant un mois complet. J’ai douté de tout, y compris du fait que le yoga familial puisse être une bonne chose pour nous. Je ne savais pas si j’allais pouvoir proposer ce tapis à nouveau un jour sans qu’il se raidisse.

Ce que j’aurais dû voir dès le début

À 18 mois, je voyais trop grand. Mon petit tenait mieux une intention très courte qu’une vraie séance. Il imitait le chien tête en bas, puis s’arrêtait, parce que le geste l’amusait dans le mouvement, pas dans la consigne. Les enfants de cet âge font du yoga sans le savoir, et c’est précisément pour ça qu’il ne faut pas leur coller l’étiquette.

J’ai relu des repères de la Haute Autorité de Santé et de Santé publique France sur les rythmes du tout-petit. J’ai aussi revu mes notes de la PMI de Saint-Éloi, et j’ai échangé par mail avec une instructrice de yoga pour enfants, Hélène Ruffin, qui anime des ateliers au centre d’animation de Saint-Hilaire. Ce que j’en ai retenu est simple : la transition courte compte plus que la tenue parfaite. Le jeu d’imitation fonctionne mieux que l’annonce solennelle. Avant 3 ans, on parle plutôt de 2 ou 3 minutes de jeu postural, pas d’une séance.

En 7 ans de travail rédactionnel, et depuis ma licence obtenue à l’Université de Poitiers en 2015, j’ai vu ce mécanisme revenir chez plusieurs familles lectrices du magazine. Quand l’activité ressemble à un test, l’enfant se ferme. Quand elle ressemble à une invitation, il revient par moments de lui-même.

Le jeudi où il a refusé 3 jours d’affilée, j’ai compris que je confondais routine et pression. Le tapis, dans mon salon, n’était plus banal. Il était devenu un avertissement. Cette bascule s’est faite en moins de 10 jours, et elle m’a surprise par sa rapidité.

Ce que je fais maintenant, 18 mois plus tard

Depuis, je garde la proposition très légère. Je me limite à 2 postures, sans compter à voix haute, sans ordre fixe, et sans chercher une séquence complète. Si mon fils de 3 ans traverse le tapis, s’assoit, puis repart jouer avec ses cubes en bois, je laisse faire. Il revient de lui-même 3 ou 4 fois sur 10, et c’est largement suffisant.

Le matin où il a voulu tenir la posture de l’arbre seul, pieds bien plantés sur le tapis, en me regardant du coin de l’œil pour vérifier qu’il faisait « comme maman », j’ai su que j’avais trouvé la bonne distance. Je n’ai rien commenté. J’ai juste continué ma propre posture, et je l’ai laissé exister à côté, dans sa propre version du geste.

Oui, le yoga familial peut marcher pour un enfant qui imite déjà le geste dans le jeu. Non, il ne faut pas insister quand le tapis déclenche des larmes, un raidissement ou un refus net. Dans ce cas, je stoppe, et je garde le tapis pour plus tard, parfois 2 semaines, parfois plus.

Concrètement, je propose maintenant 5 à 7 minutes 3 fois par semaine, pas plus, souvent le samedi matin après le petit-déjeuner, quand la lumière dorée passe par la baie vitrée et qu’on entend juste les oiseaux du Parc de Blossac à travers la fenêtre entrouverte. Si ça dure 2 minutes, c’est très bien. Si ça ne se fait pas du tout, c’est bien aussi.

Dans mon appartement près de Poitiers, avec le tapis roulé contre le canapé et la voix douce de Petit Bambou en fond, j’ai appris que la douceur ne se décrète pas. J’aurais voulu le comprendre avant d’y passer ces 10 jours et les 3 semaines de récupération qui ont suivi. Aujourd’hui, je préfère une invitation courte à une séance parfaite, et franchement, ça nous va mieux à tous les deux.

Pour qui ce retour peut servir

Si tu as un enfant entre 15 et 24 mois et que tu te demandes si c’est le bon moment pour installer un rituel yoga, je te dirais : tu peux proposer, mais surtout pas imposer. Observe d’abord ce qu’il fait naturellement. S’il imite tes postures pendant que tu fais les tiennes, la porte est déjà ouverte, tu n’as pas besoin de la pousser.

Si ton enfant a entre 3 et 4 ans, la salutation adaptée en 5 mouvements très courts fonctionne beaucoup mieux. Mais avant 2 ans, la notion de « on commence, on fait, on termine » n’a pas beaucoup de sens, et insister crée plus de résistance que de calme.

Là franchement, si tu sens que ton enfant manifeste un mal-être persistant, un refus net du toucher ou des signes que tu ne comprends pas, je te conseille d’en parler à la PMI ou à ton pédiatre. Moi, je reste sur des repères simples et des propositions courtes, rien de plus.

Clara Broussard

Clara Broussard publie sur le magazine Pomme Maison de Famille des contenus consacrés au yoga, à la parentalité et au bien-être familial. Son approche repose sur la clarté, la progression et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux comprendre des sujets liés à la vie de famille.

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