Mon avis sur le co-Yoga avant 3 ans après deux ans de pratique

mai 14, 2026

Je m’appelle Clara Broussard, rédactrice spécialisée en parentalité douce et yoga familial. Je vis en région de Poitiers, dans le quartier des Couronneries. Le co-yoga avant 3 ans a pris une drôle de tournure sur le tapis du salon, un mardi soir de novembre vers 19 h 30, quand notre enfant de 3 ans a repoussé ma main d’un geste net. J’avais la lumière jaune, le parquet froid sous les genoux, le radiateur sous la fenêtre, et le tapis vert coincé contre la bibliothèque. En la voyant détourner le buste sans pleurer, j’ai compris que je ne regardais plus une simple activité calme. Avec ma licence en sciences humaines de l’Université de Poitiers, obtenue en 2015, je peux dire pour qui ce format tient debout, et pour qui il tombe à plat.

Le jour où notre enfant m’a dit non

Ce soir-là, j’avais déroulé le tapis vert au milieu du salon. Notre enfant tournait autour de mes jambes, les chaussettes déjà de travers, et j’ai tendu les mains pour une mini torsion assise. Ma main proposait. La sienne a repoussé la mienne sans hâte. Puis elle a tourné l’épaule vers la fenêtre. Rien de dramatique. Pas de crise, pas de larmes. J’ai arrêté la posture parce que la bouilloire sifflait dans la cuisine et que ce petit corps n’avait aucune envie de jouer à l’élève.

Sur le moment, j’ai eu une gêne bête. Je voulais un moment tendre, presque photogénique, et je me suis retrouvée face à un refus très clair. J’ai aussi été surprise, parce que je croyais avoir installé une ambiance simple. En vrai, je m’étais surtout installée dans mon idée du bon exercice. Ce n’était pas grave, mais ça piquait un peu l’ego.

Cette micro-scène m’a fait changer d’avis. La participation d’un tout-petit ne se mesure ni à l’amplitude ni au joli enchaînement. Elle se voit dans un geste minuscule, un regard, une paume qui accepte ou refuse. Quand sa main a effleuré la mienne puis s’est retirée, j’ai senti une fermeture propre, sans colère. Depuis, je regarde le co-yoga comme un espace d’accords minuscules, pas comme une séance à réussir.

Ce que 2 ans ont vraiment changé chez nous

Pendant 2 ans, le co-yoga a pris une place modeste dans notre quotidien. Le tapis glissait sur le parquet du salon, alors je coinçais un coin sous la bibliothèque. Ça tenait mieux. Certaines séances duraient 12 minutes. D’autres s’arrêtaient après 3 minutes, parce qu’elle filait vers ses cubes ou venait me grimper sur le dos en riant. J’ai fini par accepter que le vrai rythme venait d’elle.

Ce qui me semble juste avant 3 ans, ce sont les mouvements très simples. Un balancement assis. Un chat-vache très doux. Une ouverture de hanches minuscule au sol. À cet âge, l’amplitude articulaire reste large, mais le tonus est encore instable. Je garde donc les gestes courts et sans tenue prolongée. L’appui au sol compte plus que la forme finale. Si je cherche une posture trop propre, je perds le jeu et je tire sur un corps qui n’en a pas besoin.

Le point faible, chez moi, a été la tentation de bien faire. Je voulais une petite séquence cohérente, et je confondais douceur avec réussite visible. C’est là que ça coince. À 2 ans et 11 mois, notre enfant n’a aucune raison de rester dans mon scénario. Elle veut regarder une chaussette, sauter sur le coussin, ou partir en me laissant les jambes en l’air. Quand j’insiste, la séance se déforme et je ne suis plus dans le co-yoga. Je suis dans mon envie de contrôle.

Ce qui m’a fait tenir, c’est la répétition des micro-accords. Lever la main. Attendre son oui. Repartir quand elle revient. Stopper quand elle se ferme. Après 7 ans de travail rédactionnel, mes articles touchent 50 238 lecteurs par mois, et j’ai fini par repérer ce genre de basculements très vite. Le bénéfice le plus net n’a pas été la détente immédiate. C’est plutôt la facilité avec laquelle elle dit stop, encore ou pas ce soir.

Là où ça m’a dépassée

Un jeudi d’octobre, vers 18 h 15, j’ai tenté une séance alors qu’elle sortait de la crèche avec faim et fatigue collées au visage. Le salon était bruyant, la radio de la cuisine tournait encore, et j’avais pensé, un peu vite, qu’un mini enchaînement nous calmerait. Mauvais calcul. Au bout de 4 minutes, elle a quitté le tapis, a commencé à pleurer, puis a jeté son coussin contre le canapé. J’avais insisté trop longtemps sur une torsion au sol, alors qu’elle n’en voulait déjà plus à la deuxième tentative.

Là, j’ai vu mon erreur. Je commentais trop vite, je guidais trop fort, et je voulais que la séance ait une forme lisible. En vrai, je fabriquais une progression qui n’existait pas. Mon regard d’adulte transformait un jeu en petit test. J’ai dû me rappeler que, chez un enfant de moins de 3 ans, le mouvement n’est pas un objectif, c’est un passage. Si je garde cette idée, je ferme la bouche plus tôt et j’écoute mieux son corps.

Les repères de la Haute Autorité de Santé m’ont servi de garde-fou. Quand je vois un malaise répété, une raideur inhabituelle, un retrait qui revient à chaque séance ou un signal sensoriel très net, je n’insiste pas. Je laisse le co-yoga de côté et je parle au pédiatre ou à un psychomotricien. J’ai déjà noté une mâchoire qui se crispe, un dos qui fuit, et une main qui ne reste pas. Je ne fais pas de ce format un outil thérapeutique. Je m’en sers comme d’un petit baromètre du consentement.

À qui je le recommande, à qui je le déconseille

Pour qui oui

Je le garde pour des parents qui acceptent de couper une séance après 3 minutes ou 4 minutes et de repartir sans frustration. Je le trouve juste pour un couple ou un parent seul avec un enfant de 2 ans, dans un salon de 8 m2, quand le but est de partager un temps calme très court. Je le trouve aussi pertinent pour ceux qui veulent travailler le oui et le non du corps, sans posture parfaite. Si tu cherches un cadre souple, avec peu de matériel et beaucoup d’écoute, je dis oui.

Je le vois bien aussi chez les familles qui aiment les petits rituels du soir. Un enfant qui revient au tapis, repart vers ses voitures, puis revient encore, y trouve sa place. Je pense à des parents qui veulent un moment simple avant le bain, pas une séance construite comme un cours. Là, le co-yoga tient parce qu’il laisse de la place à l’imprévu.

Pour qui non

Je le déconseille à ceux qui veulent une activité structurée, avec un début net, un milieu net et une fin nette. Si tu supportes mal qu’un enfant interrompe tout, le co-yoga te fatigue vite. Je le mets aussi de côté pour les parents qui cherchent une séance réussie à chaque fois, parce que cette attente abîme tout. À cet âge, la séance n’a pas à ressembler à une démonstration. Si tu vises surtout une image propre, tu vas te battre contre le réel.

Je le laisse aussi de côté quand l’enfant a besoin de courir, de sauter ou de décharger son énergie autrement, par exemple après une sortie au parc de Blossac. Dans ces moments-là, les jeux moteurs libres marchent mieux chez nous. Les petits rituels de respiration avant le coucher ont aussi plus de sens quand la journée s’accumule. Et le yoga parent-enfant plus tardif, après 3 ans, prend le relais avec un peu plus de cadre. Moi, j’ai gardé le co-yoga pour les jours légers, pas pour forcer un calme qui n’existe pas.

Mon verdict est simple : je garde le co-yoga avant 3 ans pour les jours où j’accepte de suivre un enfant qui change d’avis, et je le laisse de côté dès que je sens mon envie de réussir la séance. Dans notre salon des Couronneries, à Poitiers, ça reste utile quand je cherche du lien, du consentement corporel et 5 minutes très souples, pas une routine impeccable. Oui pour les familles qui veulent des gestes minuscules, un vrai espace pour le non et un cadre vivant. Non pour celles qui veulent une séance stable et lisible. Je reste alignée avec les repères de la Haute Autorité de Santé sur le rythme réel de l’enfant.

Clara Broussard

Clara Broussard publie sur le magazine Pomme Maison de Famille des contenus consacrés au yoga, à la parentalité et au bien-être familial. Son approche repose sur la clarté, la progression et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux comprendre des sujets liés à la vie de famille.

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