Mon erreur du soir quand je voulais qu’il se calme avant moi

mai 22, 2026

Dans l’encadrement de la porte, à Poitiers, je l’appelais pour s’habiller, smartphone encore tiède dans ma main, et j’ai perdu 27 minutes à vouloir qu’il se calme avant moi. Le soir-là, près du parc Blossac, j’avais déjà les épaules hautes et la mâchoire serrée. Mon compagnon rangeait déjà les bols derrière moi, dans la petite cuisine qui donne sur le couloir. Je pensais parler doucement. Lui a refusé net, comme si mon corps avait parlé avant ma bouche.

Le soir où tout a basculé dans l’encadrement de la porte

C’était un de ces soirs de fin de journée où la cuisine sent encore le riz réchauffé et où les vêtements du coucher traînent sur la chaise. Mon enfant de 3 ans jouait avec une voiture en plastique, et je voulais déjà fermer la parenthèse. Je l’appelais depuis le couloir, mon téléphone coincé dans la paume, et je marchais presque vers la sortie. J’avais l’impression d’être calme, mais j’étais déjà partie dans ma tête.

L’erreur, c’était ça. Je croyais que ma voix douce suffisait, alors que mes pieds étaient tournés vers le couloir et que mon buste disait l’inverse. Mes épaules remontaient presque jusqu’aux oreilles, ma mâchoire bloquait, et je respirais trop haut. En 7 ans de travail de rédactrice spécialisée en bien-être familial, j’ai vu ce décalage chez moi comme chez d’autres parents. Ma Licence en sciences humaines de l’Université de Poitiers, obtenue en 2015, m’a appris à regarder les signaux visibles avant les mots.

Le pire, c’est le moment où je le regardais me fixer sans parler. J’avais une sensation très nette dans le ventre, comme un nœud sec qui montait sous le sternum. Je sentais aussi ma langue appuyée contre le palais, et ma voix sortait plus courte que prévu. Lui me lisait déjà, avant la fin de ma phrase, et ça me faisait presque honte.

Je me suis rendue compte que je restais debout, le poids sur une seule jambe, comme si je voulais traverser la scène au lieu d’y rester. Je le voyais, lui, ralentir à l’opposé exact de mon mouvement. Plus je gardais ce rythme pressé, plus l’air devenait lourd entre nous. Et j’ai fini par comprendre que je lui demandais de coopérer avec un corps qui fuyait déjà.

Ce que mon enfant lisait avant mes explications

Il ne répondait pas à mon discours, il répondait à mon état. Dès que je l’appelais pour le bain ou le pyjama, il raidissait les bras et reculait d’un pas. par moments il s’accrochait à ma jambe avec ses deux mains, et là, je le sentais vraiment refuser la suite. Il traînait les pieds jusqu’à la salle de bain, puis bloquait au moment d’enlever son t-shirt.

Le piège était là aussi : je me racontais que j’allais lui apprendre à se calmer, alors que je retenais moi-même mon souffle. Je posais une main sur mon ventre, mais mon ventre restait rentré, comme verrouillé. Ma respiration montait dans la poitrine, et mes phrases se coupaient au milieu. À ce moment-là, la tension remontait d’un cran chez lui, pas l’inverse.

Je me suis entendue une première fois sur une note vocale envoyée à ma sœur. J’avais cru parler posément, presque avec douceur. En l’écoutant, j’ai découvert une voix sèche, pressée, avec cette petite hâte dans la fin des mots. J’ai aussi fait une courte vidéo un soir de cuisine, quand le radiateur cliquetait derrière moi et que la gourde de mon fils était encore sur le plan de travail. Impossible de me mentir : mes épaules semblaient hautes et ma bouche allait plus vite que mes pensées.

Les repères de la Haute Autorité de Santé sur les routines stables m’ont aidée à nommer ce que je faisais de travers. Je n’ai pas commencé là-dessus comme une experte. J’ai juste vu que mon rythme cassait la transition. Dans mon métier, avec les familles qui lisent mes articles depuis Poitiers, j’ai fini par reconnaître ce petit décalage qui paraît minuscule et qui change tout. Le soir, chez nous, il suffisait d’une consigne de trop pour que la pièce se tende.

Les soirs où j’ai essayé plus fort, et où j’ai empiré

J’ai aussi tenté l’inverse. Je parlais plus fort pour tenir le cadre, je répétais ‘allez, on y va’, et je pressais le passage vers le bain comme si la vitesse allait résoudre la scène. Mauvaise idée. Très mauvaise idée. À chaque fois, ma fatigue prenait plus de place, et lui se mettait en opposition en quelques secondes.

Le rituel du soir s’allongeait d’un coup. Je perdais d’abord 8 minutes à le faire venir jusqu’à la salle de bain, puis 11 minutes à négocier le pyjama ou le brossage de dents. Il y avait aussi des allers-retours pour retrouver un doudou, une chaussette ou une gourde oubliée dans le salon. Quand la protestation glissait vers une vraie crise, je pouvais encore perdre 23 minutes à essayer de recoller les morceaux.

Ce que je n’avais pas compris, c’est que je cassais la co-régulation au moment même où il en avait besoin. Ma voix devenait plus tendue, mon souffle plus haut, mes gestes plus secs. Je voulais accélérer la transition alors qu’il avait besoin qu’on la ralentisse. Le moindre ‘dépêche-toi’ faisait monter sa résistance, et je m’énervais d’autant plus que je me croyais déjà à bout.

Je l’ai vu aussi dans les petits signes qui précèdent la bascule. Il refusait de se déshabiller, restait collé au tapis, puis se retournait dès que je parlais trop vite. J’avais la sensation de pousser une porte déjà fermée. À force, le coucher ne ressemblait plus à une routine, mais à un bras de fer minuscule et épuisant.

Ce que j’ai changé quand j’ai arrêté de jouer au parent apaisé

Le déclic n’a pas été spectaculaire. J’ai juste fini par m’asseoir au sol, à sa hauteur, et par poser mon téléphone sur le buffet. J’ai relâché la mâchoire, pris 3 expirations longues, puis j’ai attendu 22 secondes avant de répondre. Là, mes épaules sont tombées avant que je parle, et la scène a changé tout de suite.

J’ai gardé un protocole très simple pendant 5 soirs : m’asseoir à sa hauteur, souffler plus longtemps que j’inspire, puis ne donner qu’une seule consigne à la fois. J’ai arrêté de lui dire comment respirer et j’ai fait la pratique à côté de lui. Sans commentaire, sans leçon, sans faire la maligne. Mon enfant a commencé à reprendre le même tempo quand il me voyait faire, pas quand je lui expliquais. Le détail m’a frappée : il copiait mieux mon corps que mes phrases.

J’ai aussi compris le poids d’un silence court. Quand je laissais ce petit espace au lieu d’enchaîner les consignes, il s’agrippait moins à ma jambe. Quand je gardais la main posée sur mon ventre sans le rentrer, le bas du souffle redevenait plus visible. Cela rejoint les repères de Santé publique France sur les rythmes réguliers, même si, chez nous, rien n’a ressemblé à un protocole parfait.

Aujourd’hui, je sais surtout ce que j’aurais voulu entendre avant de me croire tellement habile : je voulais son calme avant d’accepter le mien. Quand ma tension restait dans mon ventre et dans mes gestes, il la lisait avant mes mots. Je n’oserais pas généraliser au-delà de ma maison, rue de la Cathédrale, à Poitiers. Et si les crises sont intenses ou répétées, je conseille de demander un avis de pédiatre ou de psychologue, parce que ce terrain dépasse mon champ.

Mon verdict est simple : oui, cette façon de faire aide les soirs ordinaires, quand l’enfant est surtout fatigué et que l’adulte accepte de ralentir. Non, elle ne règle pas tout quand la crise est déjà installée ou quand le parent est lui-même au bout. Cette vérité-là m’a coûté 27 minutes ce soir-là, et elle m’a laissée un regret net : j’aurais dû m’asseoir avant de vouloir le faire tenir debout.

Clara Broussard

Clara Broussard publie sur le magazine Pomme Maison de Famille des contenus consacrés au yoga, à la parentalité et au bien-être familial. Son approche repose sur la clarté, la progression et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux comprendre des sujets liés à la vie de famille.

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