La semaine où j’ai pratiqué ma posture debout pendant qu’il dessinait

mai 20, 2026

Ma posture debout a commencé près de la table, avec l’odeur des feutres et un crayon qui venait de rouler jusqu’au pied de la chaise. J’écrivais une note pour Pomme Maison de Famille, dans notre appartement à Buxerolles, près de Poitiers, quand mon fils de 3 ans a levé les yeux de sa feuille. Mon compagnon a gardé la soupe sur le feu, et, au bout de 2 minutes, notre fils a planté ses pieds comme moi et m’a demandé : « comme ça ? ».

J’ai commencé avec mes épaules déjà hautes

Dans mon métier de rédactrice spécialisée en bien-être familial et parentalité pour un magazine en ligne, je traque les formulations trop larges. Depuis 7 ans, j’écris en région de Poitiers sur le yoga familial et les routines qui tiennent dans une vraie maison. Ce soir-là, ma note pour Pomme Maison de Famille traînait ouverte à côté du bocal de crayons, sur la table du salon.

Je garde aussi la Haute Autorité de Santé (HAS) dans un coin de ma tête quand je parle d’activité douce en famille. Ma licence en sciences humaines à l’Université de Poitiers, obtenue en 2015, m’a appris à me méfier des grands mots. Ma formation continue en yoga familial, suivie en 2018, m’a surtout appris à aimer les formats brefs. J’avais donc envie d’un essai simple, près de la table, sans tapis ni mise en scène.

Je cherchais un sas de 4 minutes, pas une séance impeccable. Je voulais savoir si je pouvais respirer plus bas, juste en restant là, debout à côté de lui. En clair, je ne m’attendais pas à un miracle, seulement à un petit espace entre deux sollicitations. Et dès la première minute, j’ai compris que le résultat dépendrait de ma façon de rester simple.

J’avais imaginé une posture tranquille, presque neutre, avec les bras relâchés et les pieds bien posés. La réalité a dérapé dès qu’il a fait rouler 2 crayons sous la chaise. J’ai voulu tenir droite d’un seul bloc, et ma mâchoire s’est serrée avant même que je m’en rende compte. Le papier froissé, la pointe du feutre qui claque, tout m’a rappelé que je ne contrôlais rien.

À ce moment-là, je me suis dite que cette mini-pratique marcherait seulement si j’acceptais l’imperfection. Quand j’ai cessé de chercher une belle ligne, mon souffle a retrouvé un peu d’espace. J’ai senti mes épaules descendre d’un cran, puis remonter dès que je tentais de jouer la posture. C’était déjà assez clair pour moi : utile, oui, mais pas dans n’importe quelles conditions.

Les 3 premières minutes m’ont mise en défaut

Les 22 premières secondes m’ont mise en défaut. Je sentais mes talons se soulever d’un rien, puis revenir quand je reposais le gros orteil gauche. Quand il s’est absorbé dans son dessin, j’ai tenu 1 minute 40. Ma respiration est montée dans la poitrine. Je croyais respirer normalement, mais le haut du thorax travaillait tout seul.

Je me suis trompée en voulant rester trop figée. Les trapèzes ont monté, la nuque s’est raccourcie, et mon bas du dos a pris le relais. En me voyant de profil dans la vitre du four, j’ai vu la tête partir en avant, les épaules rentrer, et le bassin se cambrer un peu trop. Le crayon grattait un son sec sur la feuille, et mes mollets tremblaient juste assez pour que je le sente dans les chevilles.

J’avais aussi écarté mes pieds trop peu, parce que je voulais faire propre. Résultat, le bassin partait d’un côté dès qu’il bougeait sur sa chaise. J’ai fini par sentir mon poids glisser vers la jambe droite, puis revenir de travers. Ce petit déséquilibre m’a rappelé que le joli alignement ne vaut rien quand les appuis manquent.

Le vrai basculement est arrivé quand il m’a parlé en dessinant. Je suivais sa phrase du coin de l’oreille, et ma respiration s’est raccourcie sans prévenir. Quand il s’est levé d’un coup pour me montrer sa feuille, j’ai perdu l’appui en 1 seconde. Le poids est parti sur une seule jambe, et mes orteils se sont crispés comme s’ils voulaient agripper le carrelage.

J’ai eu un petit rire nerveux, parce que j’ai dû recommencer depuis le début. Cette séquence m’a appris qu’une tenue debout ne tient pas sur la force, mais sur le retour au sol. Au bout de ces reprises, j’avais moins l’impression de performer que de me réajuster en direct. Pas glorieux, mais beaucoup plus juste.

Au début, je ne dépassais pas 20 secondes sans me reprendre. Après 3 tentatives, j’ai pu rester presque 2 minutes quand il s’est plongé dans les couleurs. La différence venait moins de mes jambes que de la façon dont je gardais les talons vivants. Dès que je les oubliais, tout remontait.

Quand il s’est mis à faire comme moi

Le moment exact où tout a basculé en jeu a eu lieu un mercredi, juste après le goûter. La table était couverte de crayons bleus, d’un feutre sec et d’une gomme mordillée. Il a planté ses pieds comme les miens, s’est penché vers la feuille, et m’a demandé : « comme ça ? ». J’ai senti un fou rire me monter, parce que ses genoux pliaient un peu trop et que ses épaules faisaient presque la même grimace que les miennes.

Sur cette semaine-là, j’ai trouvé mes fenêtres entre le goûter, le dessin et le rangement des crayons. Deux fois dans la journée, je me glissais là pendant 4 minutes, par moments 3 quand la soupe attendait déjà. Le calme venait moins de la posture que de ce rythme partagé. Quand je posais mon gros orteil droit franchement au sol, je sentais mieux le talon opposé suivre, comme un point d’appui qui se répond.

Ce que j’ai compris, c’est que l’appui ne se tient pas en serrant tout. Si je verrouillais les genoux, mes épaules montaient presque à leur place toutes seules. Quand je gardais un léger relâchement, je pouvais respirer sans que la poitrine parte trop haut. Ce détail tout bête a changé la façon dont j’entendais la maison.

Dans l’esprit des repères de la HAS, j’ai hésité à continuer les jours où je regardais sa feuille sans respirer. Dès que mes yeux restaient fixés dessus, mes épaules remontaient et je perdais le fil de mon souffle. Là, j’ai coupé court, parce qu’une gêne inhabituelle ou un vrai déséquilibre mérite une autre paire d’yeux. Dans ce cas-là, je laisse un kiné ou un médecin regarder, sans me raconter d’histoire.

Un autre soir, il a posé une question en se levant pour montrer son dessin, et j’ai tout de suite basculé sur une seule jambe. Mes orteils se sont crispés, puis j’ai relâché les épaules d’un coup, presque en riant de moi-même. Ce genre de mini raté m’a aidée à voir la différence entre être présente et surveiller. Les deux se ressemblent de loin, mais pas du tout dans le corps.

Je ne pensais pas que son imitation me ferait autant de bien. Le fait de voir ses pieds chercher la même stabilité m’a empêchée de jouer la prof sérieuse. J’avais juste à respirer à côté de lui, et ce petit pacte silencieux suffisait pour que la pièce se calme.

Ce que je sais maintenant

Au bout de 5 jours, j’ai compris qu’une posture debout à côté d’un enfant n’était pas une question de tenir longtemps. C’est une suite de micro-ajustements, de genoux moins verrouillés et de souffle plus bas. Je sentais les épaules se crisper moins vite, surtout quand je laissais les talons rester lourds sans les bloquer. Le matin, je montais moins haut dans la poitrine.

Je referais les séquences courtes, sans hésiter. Je les ferais plus près de la table, parce que je perdais moins le fil et je n’avais pas besoin de me pencher. Je ne chercherais plus une forme impeccable, car c’est là que ma nuque se referme et que mon bas du dos compense. À la place, je garderais les pieds un peu plus ouverts, juste assez pour que le bassin ne parte pas de travers.

Cette semaine a changé ma façon de respirer quand il dessinait. La maison a gardé son bruit de fond, mais j’ai cessé de l’entendre comme un obstacle. Même le frottement du crayon contre la feuille me paraissait moins nerveux quand je ne surveillais plus ma propre silhouette.

Mon vrai repère n’est pas la ligne de mes épaules, mais le frottement discret de mes orteils sur le sol près de la feuille de dessin. Cette sensation me ramenait tout de suite à la pièce, au carrelage froid et à sa respiration appliquée. Pour moi, oui pour un rituel de 4 minutes à la maison avec un enfant de 3 ans, non pour quelqu’un qui cherche une posture parfaite ou une tenue immobile d’un seul bloc.

Je pense encore à cette scène dans les brouillons de Pomme Maison de Famille, parce qu’elle m’a rappelé qu’un équilibre debout peut être très modeste. Il m’a surtout appris à lâcher l’idée d’une posture parfaite, et à rester là, simplement, sans me raconter que je devais faire mieux. Ce n’est pas spectaculaire, mais à Buxerolles, dans la Vienne, ça a changé ma façon de tenir mes appuis.

Clara Broussard

Clara Broussard publie sur le magazine Pomme Maison de Famille des contenus consacrés au yoga, à la parentalité et au bien-être familial. Son approche repose sur la clarté, la progression et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux comprendre des sujets liés à la vie de famille.

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