Mon verdict après deux mois sans dessin animé avec mon enfant de 3 ans

mai 31, 2026

À Poitiers, entre le Parc de Blossac et la rue de la Cathédrale, j’ai compris en 14 jours sans dessin animé que l’arrêt ne touche pas seulement le temps d’écran. Mon fils de 3 ans a fait rejouer Peppa Pig avec trois dinosaures en plastique, et la voix aiguë du personnage est revenue mot pour mot. Je suis Clara Broussard, je vis en couple avec mon compagnon et notre enfant unique de 3 ans, et je travaille comme rédactrice spécialisée en bien-être familial et parentalité pour magazine en ligne, avec un angle parentalité douce et yoga familial.

Le soir où j’ai vu ce que l’écran laissait derrière lui

Ce soir-là, il a aligné trois dinosaures sur le tapis bleu du salon, juste à côté du radiateur qui faisait son petit clic sec. Il leur a fait dire la même phrase, avec la même petite voix pointue que le héros du dessin animé. Depuis 14 jours, il n’avait pas revu l’épisode. Je me suis assise sur le canapé et j’ai observé sans rien dire pendant 20 minutes. Aucune intervention de ma part, juste le regard.

Depuis 7 ans, j’écris depuis la région de Poitiers pour un magazine en ligne, et je touche environ 50 000 lecteurs par mois. En 2015, j’ai obtenu ma licence en sciences humaines à l’Université de Poitiers. Ce sont des repères concrets, mais le plus parlant restait dans le salon : 1 générique, 1 enfant de 3 ans, 1 rituel du soir qui bascule en quelques secondes.

Au début, je pensais qu’un dessin animé le soir m’offrirait 20 minutes de calme. En pratique, le générique rallumait l’envie. Dès que la musique démarrait, il se figeait. Puis il repartait parler, bouger, inventer, mais avec cette petite voix de personnage collée sur la sienne.

Les deux premières semaines, là où ça a coincé

J’ai coupé d’un coup un jeudi à 19 h 30, après le dîner. Mauvaise idée, franchement. La première crise a duré 5 minutes. La seconde, le lendemain, a duré 15 minutes. Il pleurait contre le canapé, et je devais respirer lentement pour ne pas monter moi aussi. J’ai douté dès le troisième soir : est-ce que je n’étais pas en train de casser un petit repère utile, juste pour un principe que je m’étais fixé toute seule ?

Le vrai piège, c’était le signal sonore. À la première note, il pivotait vers l’écran avant même de demander. Ce réflexe de corps m’a appris qu’éteindre sans prévenir me mettait dans le mur. J’ai aussi compris qu’un enfant de 3 ans n’a pas « envie de la télé » au sens adulte ; il répond à un signal auditif qui a été associé à un moment précis de la journée.

J’ai aussi laissé un épisode en fond chez mes beaux-parents, à Mignaloux-Beauvoir, pendant que je rangeais la cuisine. J’ai cru à une petite parenthèse. Le lendemain, il l’a redemandé au réveil, puis pendant 3 jours. L’exception n’avait rien d’inoffensif, et je l’ai senti dans sa façon de se raccrocher à l’écran dès qu’il le revoyait.

Ce que j’ai vu dans son jeu et dans sa parole

Après l’arrêt, il a rejoué les scènes avec ses dinosaures, ses voitures et sa dînette en bois. Un T-Rex à la patte cassée servait de méchant, puis de bébé, puis de conducteur de bus. Ce détail, je ne l’aurais pas inventé : c’était toujours le même dinosaure jaune, coincé sous la table basse, qui revenait dans ses jeux.

Dans la maison, le changement le plus net a été dans les temps morts. Il a mieux attendu que l’eau chauffe ou que je coupe les pommes en 8 morceaux. Aux repas, il y a eu moins d’yeux vers le téléviseur (pourtant éteint) et davantage de parole. Il parlait plus pour remplir les blancs, au lieu de se tenir collé à une image.

Au Jardin des Plantes, un dimanche matin vers J+20, je l’ai vu inventer une histoire entière à partir d’un gland et d’une pomme de pin. Vingt minutes de récit continu, avec des dialogues et des bruitages. Je ne jure de rien, mais j’ai trouvé sa parole plus riche, plus organisée, moins collée à un modèle.

Je reste prudente. Je n’ai pas la preuve que l’écran soit la seule cause d’un comportement qui s’emballe ou d’un langage qui patine. Mais le rituel du soir a clairement pesé chez nous. Santé publique France rappelle d’ailleurs que le moment compte autant que la durée, surtout quand l’écran devient un passage obligé. À la sortie de l’école, à 16h30, je vois d’ailleurs beaucoup de parents qui lancent un dessin animé dès l’arrivée à la maison, et je comprends complètement ce réflexe. Ce n’est pas une critique, c’est juste que chez nous, ça ne nous convenait plus.

Mon verdict : à qui je le recommande, à qui je le déconseille

Pour qui oui

Je recommande cet arrêt aux familles qui veulent couper la télé pendant 14 jours d’affilée et retrouver un coucher plus lisible après 19 h 30. Chez nous, le minuteur de 10 minutes, le livre cartonné de 12 pages et la chanson calme ont mieux tenu qu’un épisode. C’est aussi pertinent quand le dessin animé sert de fond 1 soir sur 2 par réflexe, pas par vrai besoin.

Je le garde en tête pour les parents qui acceptent une phase de protestation de 3 à 5 jours et qui veulent remettre un rituel court à la place du générique. Un repas sans télé, puis un bain, puis une histoire de 6 minutes ont mieux cadré nos fins de journée. Je ne vois pas mieux pour retrouver une transition claire entre l’école et le lit.

Pour qui non

Je passe mon tour si la télé sert de béquille pendant un trajet de 2 heures ou si la journée a déjà été tendue. Chez nous, une seule exception chez les beaux-parents a relancé les demandes pendant 3 jours. Je le déconseille aussi si les grands-parents allument systématiquement Disney+ à chaque visite : là, l’effort à la maison ne tiendra pas.

Je ne le conseille pas non plus quand l’adulte cherche surtout à occuper l’enfant pendant qu’il fait autre chose. Dans ce cas, l’écran prend vite la main sur le reste. L’enfant décroche du jeu libre, puis revient sans cesse vers la télé. Et là franchement, culpabiliser n’aide personne : parfois, 20 minutes de dessin animé sont aussi une petite soupape pour un parent qui tient debout, et je ne vais pas faire la donneuse de leçons.

Ce que je garde maintenant, 60 jours plus tard

Aujourd’hui, on a remis un peu d’écran, mais dans un cadre très précis : 1 épisode de 7 minutes le samedi matin, à côté du petit-déjeuner, jamais avant le coucher. Pas de soir, pas de semaine. Ce format tient depuis 6 semaines, sans crise, sans redemande insistante. J’ai l’impression d’avoir désamorcé le « réflexe génerique ».

Mon verdict, à Poitiers comme à Mignaloux-Beauvoir, est net : oui pour les familles qui veulent sortir du dessin animé en routine, non si l’écran reste allumé par défaut. Je n’y reviens pas sur le format du soir, parce que j’ai vu la différence entre un imaginaire nourri et un imaginaire piloté par Peppa Pig. Entre le Parc de Blossac et notre salon, j’ai choisi le calme sans générique, et je m’y tiens.

Clara Broussard

Clara Broussard publie sur le magazine Pomme Maison de Famille des contenus consacrés au yoga, à la parentalité et au bien-être familial. Son approche repose sur la clarté, la progression et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux comprendre des sujets liés à la vie de famille.

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