Le jour où il a refusé ma posture et m’a appris l’écoute réelle

juin 1, 2026

Je m’appelle Clara Broussard. Je suis rédactrice spécialisée en parentalité douce et en yoga familial, pour un magazine en ligne. Je vis en couple dans la région de Poitiers avec notre fils de 3 ans. Un samedi matin de juin, dans notre salon, le tapis violet était déroulé, la lumière traversait en oblique les rideaux en lin clair, et j’avais déjà fait la moitié de ma salutation au soleil. Lui, debout au bord du tapis en pyjama bleu, m’a regardée, puis a dit : « Non, maman, pas comme ça. »

Le moment où j’ai compris que j’écoutais trop vite

J’ai failli répondre du tac au tac, reprendre ma posture, lui demander de se mettre à côté de moi pour imiter. Mais je me suis arrêtée. Je suis restée muette trois secondes, surprise par la netteté de sa remarque. À 3 ans, quand il dit « pas comme ça », ce n’est pas un caprice, c’est souvent une observation précise que je n’ai pas encore décodée.

Depuis 7 ans, mon travail de rédaction autour de la parentalité me met face à des familles, des routines et des silences très ordinaires. J’ai une licence en sciences humaines de l’Université de Poitiers, obtenue en 2015, une formation continue en yoga familial suivie en 2018 avec une instructrice formée au Yoga Institute de Mumbai, Hélène Ruffin. J’avais aussi en tête les repères de la Haute Autorité de Santé sur la qualité du lien adulte-enfant, mais je les gardais dans ma tête au lieu de les faire descendre dans le geste.

Ce matin-là, j’étais pieds nus sur le parquet tiédi par le soleil, le vieux lampadaire allumé pour rien dans le coin du salon, un bruit d’enfant qui court dans l’appartement du dessus. Mon tapis était neuf, mes hanches encore raides du réveil. J’avais préparé un enchaînement propre, cinq postures, 15 minutes chrono. Tout semblait net. Rien ne l’était vraiment, parce que je n’avais pas regardé mon fils avant de commencer.

Ce qu’il voulait vraiment me dire

Quand il a dit « Non, maman, pas comme ça », j’ai eu envie de défendre ma posture, d’expliquer que c’était une salutation classique. Je ne l’ai pas fait. Le silence a duré 8 secondes, bref mais assez long pour que je descende d’un cran. Puis je lui ai demandé : « Tu veux me montrer ? » Il a tendu les bras vers le plafond, a fait un grand cercle avec ses mains, puis a plié les genoux comme une grenouille, en me regardant. Pas une salutation au soleil. Sa salutation à lui.

Ce n’était pas « ma posture » qu’il refusait. C’était mon sérieux, mon enchaînement adulte, ma tête déjà ailleurs. Il voulait jouer la posture avec moi, pas à côté de moi. J’ai eu du mal à l’admettre sur le moment : je pensais « bien faire » en le laissant imiter, alors qu’en réalité, je ne lui laissais aucun espace de proposition. Je me suis trompée, franchement, et pendant plusieurs semaines avant ce samedi-là.

La même chose m’est revenue deux heures plus tard dans la cuisine, quand il a renversé sa compote sur la nappe pendant que je regardais mon téléphone posé près de la boîte de céréales. J’ai senti l’urgence monter. J’ai respiré une fois avant de parler. Ce n’était pas héroïque. C’était juste moins brusque. Et j’ai compris que « l’écoute réelle » commençait par ces pauses minuscules où je ne remplissais pas le vide.

J’ai essayé autrement, sans réussir d’un coup

Le samedi suivant, j’ai changé ma manière de proposer le tapis. J’ai posé le téléphone sur le plan de travail en bois à l’autre bout de l’appartement, j’ai déroulé le tapis sans rien dire, et je me suis assise en tailleur en attendant. Au bout de 3 minutes, il est venu. Il a posé sa main sur mon genou, a dit « on fait la grenouille ? », et on a fait la grenouille. Pas ma salutation au soleil. Sa grenouille à lui.

Ce qui a changé, ce n’est pas ma technique, c’est la place que je laissais au silence d’ouverture. Une instructrice lors d’un atelier au centre d’animation de Saint-Hilaire m’avait dit : « Avec un enfant de 3 ans, tu ne commences pas la séance. Tu l’installes, et tu attends qu’il vienne à toi. » Je n’avais pas compris sur le coup. Ce samedi-là, oui.

J’ai eu un doute très net ce soir-là : est-ce que je jouais à être attentive, avec mon air trop sage et mes pauses visibles ? Oui, un peu au début. Je ne savais pas si ce changement tiendrait plus d’une semaine. Et pourtant, le geste juste tenait dans des détails minuscules. Ne pas pencher le buste vers l’avant trop vite. Ne pas reprendre ma posture au premier flottement. Laisser mon fils chercher son mouvement sans lui voler la fin.

Ce que cette scène a changé dans notre yoga du samedi

Depuis, nos séances sont plus courtes : 8 à 10 minutes, rarement plus, 2 fois par semaine. Elles commencent quasi toujours par une posture qu’il invente, la grenouille, le dragon, le petit pont, la statue. Je suis, j’imite, je ne corrige pas. Ensuite, quand il est dans le mouvement, je glisse une ou deux postures « adultes » (chat, enfant, arbre) sans les nommer comme telles. Parfois il les prend, parfois non. Je ne compte plus.

Le matin où il a voulu tenir la posture de l’arbre seul, cinq bonnes secondes sur un pied, la langue tirée de concentration, j’ai juste applaudi une fois et je n’ai rien commenté. Il a souri, a sauté du tapis, puis a couru vers sa caisse de Lego. Voilà ce que j’avais cassé avant, à force d’enchaîner mes cinq postures dans mon ordre à moi : ces petits instants où il se tenait debout dans quelque chose qu’il avait choisi.

Concrètement, ce que je fais maintenant en 3 points : je dépose le tapis 5 minutes avant d’espérer quoi que ce soit, je ne dis rien sur ce qu’on va faire, et je garde toujours ma propre séquence d’adulte pour plus tard dans la journée, pendant sa sieste ou son temps calme. Ces 3 habitudes tiennent depuis 6 mois environ, et la séance partagée se déclenche 3 fois sur 4 sans conflit.

Pour qui cette leçon peut parler

Si tu pratiques un peu de yoga et que tu veux « partager » ça avec ton enfant de 2 à 5 ans, ma leçon serait celle-ci : ne commence pas par ta séquence. Installe le tapis, respire, et attends. S’il vient, tu suis. S’il ne vient pas, tu fais la tienne seule, et c’est très bien aussi. Le yoga familial n’est pas un yoga d’adulte avec un enfant en figurant, c’est un terrain commun où parfois c’est lui qui mène.

Là franchement, si ton enfant refuse systématiquement toute proposition corporelle, se raidit au moindre contact, ou manifeste une gêne persistante, je ne suis pas la bonne personne pour t’aider. Parles-en à la PMI ou à un pédiatre, qui verront mieux que moi ce qui se joue.

Quand je referme mon Lenovo ThinkPad X1 Carbon le soir, après avoir écrit ces lignes, je repense à ce samedi matin dans notre salon, à ce « pas comme ça » posé avec une telle clarté par un enfant de 3 ans, et je me sens juste plus lente. C’est déjà beaucoup.

Clara Broussard

Clara Broussard publie sur le magazine Pomme Maison de Famille des contenus consacrés au yoga, à la parentalité et au bien-être familial. Son approche repose sur la clarté, la progression et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux comprendre des sujets liés à la vie de famille.

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