Mon avis après avoir voulu faire du yoga avec mon fils de 3 ans

juin 7, 2026

Le tapis collait un peu sous ses chaussettes, et la voix de la vidéo remplissait déjà le salon à 8h12. Je m’appelle Clara Broussard. Je vis près de Poitiers avec mon compagnon et notre fils de 3 ans. J’avais lancé ce yoga après un bol de céréales, deux voitures sous la table et l’idée naïve de gagner 15 minutes de calme. Avec ma licence en sciences humaines de l’Université de Poitiers, obtenue en 2015, et mes 7 ans de rédaction à Poitiers pour Pomme Maison de Famille, je repère vite quand une promesse déborde. Ici, le décalage a été immédiat.

Ce matin-là, j’ai compris que j’allais trop vite

Je voulais une activité douce. Sans matériel. Sans préparation. Et sans débat avant le café. J’ai lancé la séance sur l’écran du salon pendant qu’il buvait encore dans son gobelet vert. Le chat, lui, traversait déjà la pièce. Je cherchais un moment simple, pas une performance.

À 3 ans, mon fils aime les gestes courts. Il refait tout de suite ce qu’il comprend. Il décroche dès qu’on lui demande une suite entière à retenir. Sur le tapis, j’ai vu ce décalage tout de suite. Lever les bras, inspirer, tenir sur un pied, puis écouter la consigne suivante : c’était déjà trop chargé.

J’ai vu mon fils compter les moustaches du chat pendant que la vidéo lui demandait d’expirer par le nez. La voix avançait, le rythme avançait aussi, et lui n’avait pas le temps de rattraper. Je n’avais même pas fini de m’installer qu’il avait déjà quitté la posture. Pas par mauvaise volonté. Parce que cette chaîne-là ne tient pas encore pour lui.

J’ai fini par admettre que le problème ne venait pas du yoga. Il venait de ma manière de l’amener. Je voulais une logique d’enchaînement là où il fonctionne encore par imitation courte, jeu immédiat et envie de bouger sans attendre. En 7 ans de travail rédactionnel sur la parentalité, j’ai vu la même chose revenir chez les familles. Plus la consigne s’allonge, plus le petit décroche. À 3 ans, ce n’est pas un défaut. C’est le point de départ.

Là où ça bloque vraiment avec un enfant de 3 ans

J’ai surtout mesuré sa limite de copie. Il peut reprendre une posture simple, comme lever les bras ou s’accroupir. Il perd le fil dès que je lui demande deux actions successives. Avec une vidéo, le tempo ne s’arrête pas pour lui laisser respirer. Le moindre décalage le fait sortir du cadre.

Le détail technique qui m’a gênée, c’est la vitesse des transitions. Même quand la posture dure peu, la séquence file vite. Le vocabulaire de la respiration ajoute une couche. À 3 ans, garder l’écran dans son champ visuel, écouter, lever un bras, stabiliser les jambes et rester motivé en même temps, c’est beaucoup. Je peux le faire avec lui en face. Pas quand la voix part déjà sur la posture suivante.

Je retrouve ce décalage dans les repères de Santé publique France sur les rythmes des tout-petits. Sans leur prêter un verdict que je n’ai pas sous la main, je retiens surtout l’idée d’un enfant qui a besoin de séquences simples et lisibles. Dans mon travail depuis 2017, c’est ce que je note le plus chez les familles. Ce qui marche tient à la clarté, pas à la quantité de consignes.

Le moment de doute, je l’ai eu au bout de 12 minutes. J’ai insisté en me disant que ça allait venir, puis j’ai surtout vu monter son agacement. Il a quitté le tapis, pris une voiture rouge, puis demandé l’iPad pour autre chose. J’ai fermé la vidéo. Pas parce qu’il avait raté l’activité. Parce que j’avais transformé un jeu possible en petite bataille domestique.

Ce qui fait la différence, pour moi, entre une séance adaptée et une séance trop ambitieuse, c’est la quantité de consignes que je pose. À 3 ans, le yoga passe bien quand il reste presque nu, presque tactile, presque drôle. Dès que je lui demande de tenir la logique entière, je perds son envie. Si un enfant montre une gêne motrice, une douleur ou un blocage durable, je laisse le pédiatre regarder ça de près.

Ce que j’ai essayé à la place

J’ai essayé autre chose le soir même. Une posture isolée, puis une autre le lendemain. J’ai aussi tenté l’imitation sans vidéo, en faisant moi-même le chien tête en bas pendant qu’il me regardait depuis le tapis. Par moments, je glissais une mini respiration avant le coucher, juste deux souffles lents. Rien de spectaculaire, mais au moins je gardais le lien.

Chez nous, ce qui a le mieux tenu, c’est une seule posture à la fois, un ton presque ludique et des repères très courts. Quand je lui disais bras haut puis bas, il suivait. Quand je gardais la vidéo de côté et que je transformais l’exercice en jeu corporel, il restait là sans se cabrer. Sur 4 minutes, ça passait. Sur 15, il se dérobait. Le tapis au sol aidait aussi, parce qu’il savait que c’était un endroit pour bouger, pas pour rester sage.

Je ne vais pas vendre ça comme un miracle, parce que ce n’en est pas un. Si je cherche un vrai moment de calme long, cette version ne suffit pas. Je dois accepter une séance brève, coupée, par moments interrompue par une envie de sauter, de courir ou de ramasser un doudou oublié sous le canapé. J’ai préféré cette honnêteté-là. Mon fils sort moins frustré quand je vise court et clair.

Dans le salon, j’ai gardé le téléphone posé à 2 mètres, sur la commode blanche, parce que sinon je commence à scroller pendant qu’il s’agite. Oui, je sais, je m’étais jurée de ne plus faire ça. Dès que je parle trop longtemps, il se relève aussi, comme si ma voix rallongeait la séance au lieu de la tenir. Ce petit détail m’a rappelé que mon propre cadre compte autant que la vidéo.

Mon verdict : pour qui oui, pour qui non

Pour qui oui

Je recommande ce format à un parent d’un enfant de 3 ans qui cherche 5 minutes de mouvement le matin, sans matériel, et qui accepte de transformer la vidéo en jeu. Je le recommande aussi aux familles déjà tournées vers le yoga, avec un tapis au salon et un adulte prêt à couper la séquence dès que l’enfant décroche. C’est surtout utile comme rituel de transition, pas comme séance complète.

Dans ce cadre, le format n’est pas un cours. C’est un déclencheur. Si l’adulte garde la main et ne réclame pas une suite parfaite, cela peut créer un petit moment complice avant de filer à la crèche ou à l’école. Pour quelqu’un qui accepte de simplifier à l’extrême, j’y vois un vrai terrain de jeu.

Pour qui non

Je le déconseille franchement au parent qui veut faire comme sur la vidéo, posture après posture, sans couper ni adapter. Je le déconseille aussi à celui qui espère canaliser un enfant remuant avec une séance structurée de 20 minutes. Mon fils m’a montré que ce cadre-là fatigue plus qu’il n’apaise. À 3 ans, je n’y ai vu qu’une source de tension.

Je dis non enfin aux familles qui cherchent une pratique autonome. À cet âge, mon enfant n’a pas la maturité pour enchaîner seul les consignes, et je ne vois aucun intérêt à lui demander ça. Si l’objectif est seulement le calme, j’aurais choisi une histoire du soir ou une respiration très brève, pas une vidéo longue. C’est plus net, et surtout moins frustrant.

Mon verdict final est simple : je garde ce yoga à la maison seulement quand je le réduis à un jeu de 4 minutes, guidé par moi, pour un enfant de 3 ans qui accepte de copier sans mémoriser. Pour ce profil, le format peut faire un vrai petit moment complice. Pour quelqu’un qui cherche une séance tenue d’un bout à l’autre, je dis non sans hésiter. C’est le verdict que je signe depuis Poitiers, Clara Broussard.

Clara Broussard

Clara Broussard publie sur le magazine Pomme Maison de Famille des contenus consacrés au yoga, à la parentalité et au bien-être familial. Son approche repose sur la clarté, la progression et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux comprendre des sujets liés à la vie de famille.

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