Cette crise au supermarché qui m’a appris à m’asseoir par terre en public

mai 4, 2026

Au milieu de l’allée 5, les néons du supermarché clignotaient un peu trop fort ce jour-là. Mon fils, les petites mains tremblantes, frottait son visage avec nervosité, le regard fuyant. Sans y réfléchir, je me suis accroupie puis assise sur le carrelage froid, sentant cette sensation humide remonter le long de mes jambes. C’était un geste que je n’aurais jamais imaginé faire en public, surtout avec autant de clients autour. Pourtant, ce moment a stoppé net la montée de sa crise d’hyperstimulation sensorielle. S’asseoir par terre, là, dans ce décor saturé, a changé notre manière d’affronter ces moments difficiles.

J’étais loin d’imaginer à quel point ça allait me changer

En tant que mère solo, avec un budget serré et un fils de 4 ans sensible aux bruits et lumières, je naviguais un peu à l’aveugle. Je n’avais pas une grosse expérience des crises en public, et chaque sortie était un saut dans l’inconnu. La peur du regard des autres me pesait, surtout quand il s’agissait de gérer les moments où mon fils se retrouvait submergé, comme dans les supermarchés. Nos sorties duraient rarement plus d’une heure, et je redoutais de devoir affronter une crise devant des inconnus.

Avant ce jour, j’avais surtout en tête l’idée de garder le contrôle, d’éviter que la situation ne s’envenime. Je pensais qu’il fallait calmer la crise vite, discrètement, presque en silence. Mais sans vraiment savoir comment faire, je me retrouvais souvent à tenter de détourner son attention ou à le presser d’avancer, ce qui ne faisait qu’ajouter à son stress. Je voulais éviter les regards, les murmures autour de nous, comme si une mauvaise note sur une partition invisible pouvait aggraver la situation.

J’avais lu ici ou là des conseils classiques sur la gestion des crises : rester calme, parler doucement, offrir une distraction. Mais jamais rien de concret sur l’anticipation sensorielle ou sur la posture physique à adopter. Les experts parlaient surtout de techniques verbales ou d’exercices à la maison, pas d’un geste aussi simple que s’asseoir par terre au moment où tout commence à déraper. Je ne m’étais jamais dit que cette posture pouvait être une clé, et encore moins que je la mettrais en pratique dans un environnement aussi public.

La première fois que je me suis assis par terre, j’ai tout de suite senti la différence

Ce mercredi-là, le brouhaha du supermarché me semblait amplifié. Le bruit des caisses enregistreuses, les annonces au micro, et la lumière crue des néons me donnaient presque l’impression d’être dans un aquarium bruyant. Mon fils, agité, se frottait le visage de ses petites mains, un geste qui m’avait échappé jusque-là. Je sentais son souffle s’accélérer, presque haletant, tandis que ses yeux évitaient les miens. L’agitation autour de nous semblait l’enfermer davantage.

Je n’ai pas attendu que la crise monte plus haut. À peine ai-je vu ses mains glisser sur ses joues et son regard se perdre, que je me suis baissée, puis assise sur le carrelage froid. Le contact immédiat avec ce sol dur et un peu sale m’a surprise : j’ai senti l’humidité du carrelage remonter contre mes jambes, une sensation désagréable, mais qui ne m’a pas arrêtée. Je voulais qu’il sente qu’il n’était pas seul, que j’étais là, à sa hauteur, accessible.

Le changement a été presque instantané. Mon fils a semblé trouver un point d’ancrage dans le contact tactile avec moi et le sol. Sa respiration, qui était rapide et thoracique, s’est mise à ralentir, devenant plus diaphragmatique, comme s’il reprenait pied. J’ai remarqué qu’il baissait le volume de sa voix, le rythme de ses gestes s’apaisait. Moi aussi, assise là, j’ai senti mon propre stress diminuer. Être à sa hauteur, plutôt que de le surplomber, avait créé une connexion silencieuse, presque instinctive.

Autour de nous, les regards se sont posés sur cette scène inhabituelle. Certains clients affichaient un visible malaise, des jugements muets qui pesaient comme un poids supplémentaire. J’ai croisé plusieurs fois ces yeux qui semblaient dire : « Pourquoi elle se met par terre comme ça ? » Pourtant, à ma grande surprise, d’autres sourires sont venus, ainsi que quelques hochements de tête bienveillants. Une dame a même passé une main légère sur l’épaule de mon fils, un geste qui a dédramatisé l’instant. Ce mélange d’incompréhension et de compassion m’a marquée.

Je ne pensais pas que ce simple geste allait créer autant de tension sociale. Mais la sensation du contact, ce point d’appui tactile sur le sol froid, a joué un rôle que je n’avais jamais envisagé. Ce n’était pas juste un geste physique, c’était une sorte de régulation sensorielle. Le dos et les fesses posés sur ce carrelage dur agissaient comme un point d’ancrage, aidant à calmer l’excitation de son système nerveux autonome. J’ai compris que cette iso-stimulation tactile apportait de la stabilité dans le chaos de ses émotions.

Le temps s’est étiré sur ces quelques minutes, une prise de conscience s’est installée. Cette posture, qui me semblait si inconfortable à cause de la sensation d’humidité persistante sur mes jambes, avait permis une baisse visible de la tension chez lui. C’était bien plus qu’un simple arrêt de la crise, c’était un moment partagé où je sentais que j’étais entrée dans son monde, sans artifice, sans pression.

Ce que j’ai compris quand ça a vraiment marché, et ce que j’aurais dû faire avant

Le tournant s’est produit quand, épuisée et dépassée, je me suis assise par terre presque par réflexe, sans réfléchir. À cet instant précis, j’ai vu son regard revenir vers moi. Sa respiration, qui était haletante, s’est mise à ralentir. Son corps s’est détendu. Ce moment a duré une trentaine de secondes, mais il a suffi à casser la montée de la crise. J’ai compris que m’asseoir tôt, dès les premiers signes, pouvait vraiment faire la différence.

Avant cela, j’avais souvent attendu, espérant que la crise ne monte pas trop. J’ignorais ses premiers signaux de surcharge sensorielle : les mains qui se frottaient le visage, la respiration rapide, le refus du contact visuel. Cette attente a souvent amplifié la crise, la rendant plus intense et plus difficile à calmer. Quand je finissais par m’asseoir, c’était tard, et l’enfant résistait, comme si mon geste arrivait trop tard pour être entendu. Cette erreur a été lourde d’enseignements.

La limite physique s’est vite fait sentir. Le sol froid et un peu sale m’ont donné une sensation d’humidité persistante, et au bout de trois minutes, j’avais besoin de bouger. Rester assise trop longtemps devenait une torture, avec ce froid qui remontait le long de mes jambes. J’ai appris à gérer ce problème en alternant entre m’asseoir et m’accroupir, en utilisant mon sac comme coussin improvisé quand je pouvais. Ce petit ajustement m’a permis de tenir ces moments plus sereinement, sans que l’inconfort ne me pousse à abandonner la posture.

J’ai aussi compris que le sol du supermarché n’est pas adapté pour ce genre d’exercice. Mais malgré cette gêne, la posture restait un outil puissant. Ce contact direct avec le carrelage froid, même s’il était désagréable pour moi, aidait à ancrer mon fils dans la réalité, à stabiliser son système nerveux. Je n’aurais jamais pensé que la simple sensation d’humidité sur mes jambes deviendrait un indicateur de fin de crise, ou du moins de fin de la phase aiguë.

Aujourd’hui, je sais que cette posture est devenue notre alliée, mais pas sans conditions

Avec le temps, cette expérience m’a appris l’importance de l’anticipation sensorielle. Ce geste simple, s’asseoir par terre, est devenu un réflexe que je déclenche dès que je remarque les premiers signes de frustration chez mon fils. C’est un contrôle retrouvé, une manière de dire : je suis là, à ta hauteur, et on va traverser ça ensemble. Je garde en tête que ce n’est pas magique, mais que ce petit rituel calme souvent la tempête avant qu’elle ne grossisse.

Je referais sans hésiter ce geste dès les premiers signes, même si ça implique de m’asseoir sur un sol froid et un peu sale. J’ai appris à ignorer les regards, parfois lourds de jugement, qui montent rapidement dans les lieux publics. Ce qui compte vraiment, c’est la connexion avec mon enfant. J’ai aussi compris qu’il fallait accepter l’inconfort temporaire, car c’est un prix que je suis prête à payer pour éviter une crise plus longue et plus difficile.

Par contre, je ne referais pas l’erreur d’attendre que la crise soit trop intense. S’asseoir sans préparation, à un moment où mon fils est déjà submergé, peut provoquer une résistance ou une montée d’agacement. Rester assise trop longtemps sans changer de position est aussi à éviter : au-delà de trois minutes, le froid et l’humidité deviennent trop gênants, et je sens que mon attention se disperse, ce qui ne sert personne.

Je pense que ce geste vaut particulièrement le coup pour les parents d’enfants sensibles, hyperactifs sensoriels, ou qui ont du mal à réguler leurs émotions en public. Ce n’est pas une recette miracle, mais c’est un outil concret, simple, qui agit sur le corps et sur l’esprit. Pour moi, c’est devenu un moyen de rester proche de mon fils sans entrer dans la lutte.

J’ai aussi essayé d’autres trucs, comme les distractions, les respirations guidées, ou simplement sortir dehors quand la crise montait. Parfois ça aide, mais souvent ça ne tient pas longtemps. Rien n’a été aussi marquant que ce geste d’assise, qui agit directement sur le corps, le rythme respiratoire et l’apaisement. Cette posture a réduit la durée moyenne de nos crises d’au moins moitié, un soulagement énorme quand on sait que chaque sortie peut coûter cher en fatigue.

Clara Broussard

Clara Broussard publie sur le magazine Pomme Maison de Famille des contenus consacrés au yoga, à la parentalité et au bien-être familial. Son approche repose sur la clarté, la progression et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux comprendre des sujets liés à la vie de famille.

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