Quand j’ai accepté de jouer au sol vingt minutes sans regarder mon téléphone

juin 16, 2026

Le cube rouge a claqué contre le parquet, et mon téléphone attendait sur la table du couloir, hors de portée. Depuis ma région de Poitiers, je me suis installée pour vingt minutes dans notre salon, avec mon enfant de 3 ans à mes pieds. En tant que rédactrice spécialisée en bien-être familial et parentalité pour un magazine en ligne, j’ai noté ce que ce geste faisait à ma tête. J’ai été convaincue, un peu trop vite, que ce serait simple. Le texte pour Pomme Maison de Famille attendait encore, mais j’avais déjà lancé le jeu.

Je suis loin d’être une mère zen, et pourtant j’ai tenté l’expérience sans téléphone

Depuis 7 ans, mon travail de Rédactrice spécialisée en bien-être familial et parentalité pour magazine en ligne m'a appris à regarder les petits riens. À la maison, avec mon enfant de 3 ans, le téléphone reste dans la plupart des cas près de ma main. Ma Licence en sciences humaines (Université de Poitiers, 2015) m'a donné ce goût du détail, pas celui des grandes théories. Je ne suis pas du genre à poser une ambiance parfaite avant de jouer. J'avance avec des repères simples, et par moments avec une vraie fatigue dans les bras.

Ce jour-là, je voulais surtout voir si vingt minutes pouvaient changer notre manière d’être ensemble. Les repères de Santé publique France sur les routines du quotidien me revenaient en tête, sans que j’y cherche un mode d’emploi. J’en avais assez de ces moments coupés par un message ou une alerte. J’ai été convaincue que mon attention tiendrait plus longtemps que mes habitudes. En vrai, je me suis quand même demandé si je n’étais pas en train de me lancer un petit défi impossible.

J'avais lu des blogs parentaux qui parlaient de ces jeux au ras du sol comme d'un instant presque magique. Moi, je n'attendais rien de spectaculaire. Je voulais juste voir si mon fils me chercherait moins du regard quand je serais vraiment là. Dans mon travail, j'écris depuis des années sur la parentalité consciente, alors je sais aussi ce que les récits idéalisés laissent de côté. Le corps, la distraction, la lassitude, tout ça existe aussi.

Les premières minutes ont été un vrai combat intérieur, presque physique

Je me suis assise à même le tapis, les genoux pliés, avec le sol ferme sous les tibias. Les cubes tombaient avec un petit bruit sec, et ce silence intérieur m'a sauté au visage. Mon téléphone était sur la table, et je sentais presque sa présence dans mon dos. La lumière de l'après-midi passait par la baie vitrée, douce, mais pas assez pour calmer mon agitation. Je regardais les jouets, puis la poche de mon pantalon, puis à nouveau le tapis.

Au bout de 2 minutes, ma main a glissé vers ma cuisse. J'avais laissé le téléphone à côté, au cas où, et j'ai jeté un œil. Le fil du jeu s'est cassé net, comme si j'avais tiré sur une ficelle trop fine. Mon fils a tout de suite relevé la tête. Dès que mes yeux ont descendu vers l'écran, il a posé un livre contre mon menton et a dit regarde.

J'ai répondu à un message, et son ton est monté d'un cran. Il a recommencé à parler plus fort, puis il a attrapé une petite voiture et l'a frappée contre le coussin. Pas terrible. Vraiment pas terrible. J'ai senti ma propre irritation monter d'un coup, parce que le bruit autour, le téléphone et ma demi-présence se mélangeaient mal. À ce moment-là, je me suis sentie coincée entre deux élans qui se gênaient l'un l'autre.

Au bout de 10 minutes, mes genoux tiraient, mes chevilles s'engourdissaient, et mon bas du dos se raidissait. J'ai hésité à me relever, puis j'ai essayé de changer d'appui, sans grand succès. Le tapis était trop ferme, et j'avais oublié tout coussin. La gêne physique rendait ma patience plus courte. J'étais plus sèche dans ma tête, alors que mon fils, lui, continuait à déplacer ses cubes comme si de rien n'était.

Au bout d'un moment, j'ai enfin senti ce basculement qui change tout

Puis j'ai cessé de surveiller la table, et quelque chose a glissé. Le bruit des cubes m'a paru plus clair que mon envie d'attraper l'écran. Mon fils a arrêté de me chercher du regard toutes les 30 secondes. Il a aligné trois blocs, puis il a fait rouler une voiture sous mes jambes. Le jeu a retrouvé une petite fluidité tranquille, sans que je touche à quoi que ce soit.

Il a même glissé un jouet entre mon visage et l’endroit où aurait pu être le téléphone. Ce geste m’a frappée, parce qu’il avait l’air de me remettre à ma place sans colère. Les petites voitures passaient sous mes jambes, et un livre restait ouvert au niveau de mes genoux. Je me suis sentie enfin à la bonne hauteur, pas seulement en centimètres, mais dans l’attention. Je suis devenue silencieuse sans effort, et lui n’avait plus besoin de vérifier si je suivais.

Là, j'ai compris que le jeu partagé ne tenait pas à mes idées, mais à ma présence entière. Quand mon écran disparaît, mon enfant n'a plus besoin de me récupérer. Il joue, il teste, il revient, puis il repart. Je l'ai vu se poser sans réclame, et ce calme-là valait plus que mon envie de répondre à tout. Pour une mère comme moi, c'était presque déroutant.

Ce que je sais maintenant que j'ignorais au départ, avec un peu de recul

La séance suivante, j'ai posé le téléphone hors de vue avant de m'asseoir. J'ai aussi glissé un coussin sous mes genoux. La différence a été nette dès les premières minutes. Mes chevilles sont restées moins repliées, et mon dos a tenu plus longtemps sans se bloquer. Je suis devenue beaucoup plus attentive à ce confort-là, parce que le corps décide vite de la suite.

J'avais aussi gardé le téléphone à portée de main une autre fois, au cas où. Une notification a suffi pour me faire baisser les yeux, et le jeu a perdu son fil. Mon fils s'est arrêté, il a soufflé fort, puis il a recommencé à me parler plus fort. J'ai aussi testé le fait de répondre à un message pendant qu'il construisait. Même résultat, la coupure était immédiate. Il n'aimait pas que mon regard décroche.

J'ai appris à ne pas orienter le jeu trop vite. Quand je voulais proposer une histoire, une voiture ou un animal, il perdait son élan en quelques secondes. À l'inverse, quand je le suivais sans corriger ses choix, il restait plongé plus longtemps. Pour mon fils de 3 ans, la présence compte plus que la direction. Je l'ai vu plusieurs fois me tendre un livre, puis repartir seul dès qu'il sentait que j'étais vraiment là.

Je ne tire pas de conclusion médicale de cette expérience. Quand un enfant est en grande demande ou traverse une vraie crise, je préfère laisser un pédiatre ou un autre professionnel regarder la situation. De mon côté, je reste sur ce que je sais faire, observer, nommer, et ajuster le cadre. J'ai aussi compris que la posture physique limite vite ce genre de moment, surtout au-delà de 10 minutes. Si mon dos se fige, ma disponibilité s'effrite avec lui.

Ce que je retiens de cette expérience et ce que je referais, ou pas

Au final, vingt minutes m'ont paru courtes et longues à la fois. J'y ai trouvé un vrai changement dans l'ambiance de la pièce, bien plus que dans le jeu lui-même. Je le referais, oui, mais avec le coussin déjà en place et le téléphone loin du regard. Le texte pour Pomme Maison de Famille pouvait bien attendre encore cinq minutes. Ce soir-là, j'ai senti que le rituel valait plus que mon réflexe d'aller vite.

Je ne recommencerais pas en fin de journée, quand je suis déjà saturée. Une fois, j'ai tenté ça après une journée trop pleine, et j'ai tenu le moment avec les dents serrées. Mon fils l'a senti tout de suite, et il a insisté davantage. J'ai aussi compris que garder l'écran visible me faisait perdre la moitié de ma présence. Franchement, ça a gâché le calme que je cherchais.

Pour une mère qui accepte de rester à hauteur d’enfant sans chercher à tout réussir, ce moment m’a surtout rappelé qu’un cadre simple peut changer l’ambiance. Je suis rentrée avec l’idée de garder ce rituel, mais sans oublier mes genoux ni mon dos. Le corps a protesté avant que mon esprit ne se calme, et dans ce salon de la région de Poitiers, j’ai gardé l’écho des cubes qui tombaient bien après la fin des vingt minutes.

Clara Broussard

Clara Broussard publie sur le magazine Pomme Maison de Famille des contenus consacrés au yoga, à la parentalité et au bien-être familial. Son approche repose sur la clarté, la progression et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux comprendre des sujets liés à la vie de famille.

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